Préambule :
S’il est un moment pour lequel peu d’orchestres ni de chefs n’apprécient de passer du temps, c’est bien pour l’accord, même si c’est un préalable impératif à tout travail ou à toute prestation publique.
C’est donc la responsabilité du chef et l’application de l’orchestre que ce moment soit le plus court, mais aussi le plus efficace possible.
Chacun à certainement sa méthode, plus ou moins efficace dans l’absolu, l’intérêt étant de décomplexer chacun face à cette pratique.
Je vous présente ici ma manière de procéder, qui est empirique et qui n’a pour seule prétention que de me convenir (et je l’espère d’être efficace pour mon orchestre).
Premièrement, l’accordeur est absolument à bannir de l’exercice d’accord, même s’il peut servir exceptionnellement à la vérification. On n’apprend pas à marcher en utilisant des béquilles, mais en essayant, en essayant encore jusqu’au moment où les choses se mettent en place.
Deuxièmement, il faut tant que faire se peut neutraliser le reflexe de tout instrumentiste de corriger lors de la note d’accord : s’il corrige la note d’accord en se calquant sur ce qu’il entend, lorsqu’il revient à un mode de jeu plus naturel, il perd cet accord « corrigé ».
Troisièmement il ne faut pas stresser l’instrumentiste peu sûr de lui en mettant en relief sa « fausseté ».
L’exercice d’accord :
Je demande aux musiciens de choisir une note, n’importe laquelle, mais en excluant l’extrême grave et l’extrême aigu. Pour les trombones, ils choisissent des notes naturelles.
Faire jouer une première fois ce cluster (grappe de son) à l’orchestre et s’il est trop consonnant, recommencer en demandant de changer de note.
Faire jouer cet accord en soignant la netteté du départ et de l’arrêt, en travaillant sur des nuances, mais en restant dans une dynamique mp / mf.
Pendant ce temps, le chef d’orchestre doit se donner dans cet accord des points de repère : une fondamentale à partir duquel monter un accord de 5te, voir mieux, de 7ème. Il faut ressentir la justesse globale de l’orchestre (ce qu’on appelle le tempérament).
Ensuite, il faut aller très vite, sans paroles inutiles : faire jouer sa note à chaque musicien, en faisant corriger la justesse, et pas forcément pupitre par pupitre mais en « grappillant » un peu au sein de l’orchestre, sans oublier personne. Cela retient l’attention de chacun, empêchant les bruits parasites et amenant de la diversité, d’un accord à un autre.
L’autre avantage de cette méthode est, avec le temps, de permettre aux musiciens d’acquérir sur ces accords une curiosité harmonique envers la dissonance, une sensibilité au tempérament, et une identité propre au sein de l’orchestre (en gros, que du bon sur le papier).
Dernier point, il faut faire court : mieux vaut 2 accord de 5 à 7minutes au cours d’une répétition, plutôt qu’un accord de 10 à 15 minutes qui est démobilisant pour chacun, et souvent stressant pour le chef.
Enfin, l’accord doit être mené par le chef d’orchestre. Il est de sa responsabilité que son orchestre joue juste, comme il est de sa responsabilité qu’il joue bien. Déléguer cette responsabilité peut laisser penser à l’orchestre que l’accord est quelque chose de subalterne, et qui ne nécessite pas l’implication de chacun.
Bien sur, les résultats ne seront pas au rendez-vous dés la première répétition, mais je vous assure que cela vaut le coup d’essayer.
Merci de vos avis sur ce sujet