Dans de nombreux orchestres amateur, nous sommes confrontés à un problème qui ampute souvent les répétitions d’un quart d’heure ou plus : la ponctualité.
Il ne faut surtout pas oublier de traiter des fonctions, et surtout de la place du chef d’orchestre au sein de l’association, car de sa bonne place dépend souvent son épanouissement et du coup son efficacité.
Fort heureusement, la réalité se trouve souvent à égale distance de ces deux extrêmes.
Tout d'abord, qu'est ce qu'une répétition ?
C'est le coeur de notre activité car on y travaille la musique qui sera ensuite produite en public.
L'orchestre d'harmonie amateur a ceci de particulier qu'il regroupe des musiciens de tous niveaux, dont pour certains la seule pratique instrumentale se fait lors des répétitions.
C'est un élément dont il faut tenir compte et qui justifie, en plus des niveaux disparates entre instrumentistes, d'un nombre d'heures de travail important.
D'un point de vue purement musical, on peut décomposer le travail en plusieurs étapes imbriquées les unes dans les autres :
Etape N° 1 : prise de connaissance du texte musical à travers une ou plusieurs lectures, ce qui permet aux instrumentistes de repérer les difficultés instrumentales ou de mise en place. Le nombre de lectures de ce type est souvent inversement proportionnel au niveau technique des musiciens, mais il tient alors au chef d'orchestre d'apporter en même temps des éléments d'interprétations afin de gagner en temps et en intérêt.
Etape N° 2 : La mise en place de repères, l'équilibrage des parties en terme de volume, la mise en évidence d'erreurs récurrentes. Cela se fait à travers des lectures partielles ou totales d'une oeuvre, souvent interrompues pour donner telle ou telle indication. Pour cette étape et pour les suivantes, deux outils sont indispensables : une grande concentration ET un crayon de papier.
Etape N° 3 : « L'affinage » de la musicalité à travers un ensemble de petits réglages individuels ou collectifs afin de faire correspondre tant que faire se peut l'interprétation avec les intentions musicales du chef d'orchestre. C'est ici que le chef d'orchestre redevient musicien et que l'orchestre devient par extension l'instrument au travers duquel il s'exprime. Imaginez votre clarinette ou votre saxophone dont chaque clé serait un individu avec sa propre volonté, sa propre sensibilité, sa propre personnalité, et vous avez une idée de ce qui est en jeux ici.
Etape N° 4 : « La consolidation » de l'ensemble afin de mûrir ce qui a été dit et fait. C'est une étape importante tout comme la précédente à ne pas négliger car d'elle dépend la cohésion et la confiance de l'orchestre. Et puisque la direction d'orchestre est un compromis incessant, pris par le temps il vaut mieux sacrifier à une partie des étapes 1 et 2 plutôt qu'à celles-ci. Il vaut mieux en effet un orchestre confiant et généreux qui livre sa musique avec bonheur qu'un orchestre technique mais stérile musicalement et humainement.
Voilà très brièvement de quoi est fait musicalement une répétition, et je pense qu'un chef devrait avoir plus le trac avant les répétitions qu'avant un concert, car c'est souvent bien la que tout se joue.
Pour finir, n'oublions pas que l'orchestre d'harmonie amateur est peut être tout autant, voir même plus, un lieu d'échange social, et que chacun vient la pour oublier ses soucis, pour se retrouver loin des contingences matérielles courantes. En cela, l'aménagement de périodes extra musical est primordial.
Pour l'Harmonie de Givry, toutes les excuses sont et doivent demeurer bonnes pour se retrouver autour d'un gâteau (au chocolat bien sur) et d'un verre (de cidre pour les sobres et de Givry pour les autres) : les naissances, les mariages, les petits enfants, les nouveaux instruments, les anniversaires, ou juste pour le plaisir.
Alors à quoi sert donc ce sémaphore vivant devant l’orchestre ?
Voila déjà à quoi sert la battue : donner un repère temporel à chacun.
Mais tout cela n’occupe normalement qu’une main, que faire alors de l’autre : Dans la poche (il se gratte), sur la tête (il se gratte encore), pendante (il s’endors), accompagner l’autre main (il n’a pas confiance dans sa première main), tenir la tasse de café (moi) ou la choppe de bière (les autres) ?LE TRAVAIL PREALABLE AUX REPETITIONS
Je vais essayer de présenter ici quel est le rôle du chef d’orchestre, mais nous verrons une autre fois que son action ne se limite pas à ses seules actions techniques, tout comme la participation des instrumentistes dans un orchestre d’harmonie amateur ne se limite pas à la seule action de jouer d’un instrument.
Tout d’abord pour la petite histoire un musicien m’a un jour dit « de toute façon, le chef d’orchestre, il place les chaises, les pupitres et il bouge les bras… », ce qui au delà de l’anecdote dénote bien du mystère ou tout du moins de l’ignorance qui entoure souvent ce personnage. Et pour éviter la mise en avant du chef et de son ego, voir sa sacralisation dans certains cas, la meilleure arme est bien la compréhension.
Le travail du chef se situe déjà bien en amont des répétitions, dans l’écoute multiple et attentive de musique durant laquelle il détermine ce qui pourrait être susceptible d’être jouée par son orchestre. Et tout aussi important, c’est à travers cette écoute que se forme son goût et sa sensibilité musicale.
Vient ensuite une des taches pour moi la plus délicate : l’établissement du programme pour une saison. Il faut définir quelles seront les œuvres jouées, en respectant un équilibre délicat entre :
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La difficulté : trop d’œuvres difficiles et c’est le découragement et l’absentéisme chronique, trop d’œuvres faciles et c’est la régression technique et l’ennui.
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Le style : dans nos orchestres où cohabitent de jeunes musiciens de 10 ans avec des « anciens » de plus de 70 ans, il faut que chacun prenne plaisir à jouer.
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Le temps de travail : Il ne s’agit pas de se trouver dans la situation où, à deux semaines du concert, la moitié du programme n’est pas vu ni maîtrisé, ou à contrario, de se trouver deux mois avant le concert à ne faire que de la lecture sans matière à travailler.
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Le coût : élément tristement important lorsque l’on sait que la moyenne pour 5 minutes de musique est de 80 à 100 euros.
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La disponibilité : certaines œuvres n’existent pas pour harmonie, ou sont introuvables, il faut alors envisager de les réécrire
Cette partie du travail peut être en partie partagée par un « comité de programme », mais dans ce cas, il est souhaitable que le chef d’orchestre ait droit de veto car je conçois mal qu’il puisse bien diriger, faire travailler et interpréter ce pour quoi il n’a pas de goût. Car, et nous y reviendrons, ce que doit surtout amener le chef d’orchestre à ses musiciens, c’est sa sensibilité musicale, le reste n’étant qu’un vecteur.
Enfin, il y a la répartition des partitions selon les effectifs, mais aussi selon la capacité technique (et expressive) des musiciens.
Il faut à ce moment veiller également à ne pas froisser de susceptibilités (fort heureusement souples dans mon orchestre) et aussi à ne pas cantonner un musiciens à un rôle trop ingrat sur un ensemble de partition.
La aussi, cette partie peut être partiellement déléguée, mais le choix du chef doit également l’emporter car il est également le garant de la cohésion musicale.
Voila pour cette première partie, et si je respecte en partie les idées que je couche ici, je serais en harmonie avec moi-même, ce qui est un bon début.